Sur le long terme, la chirurgie bariatrique ne serait pas « économique »
Aude Lecrubier Auteurs et déclarations 26 février 2013

Pas d'économies de santé à long terme avec la chirurgie bariatrique

D'après l'analyse d'une compagnie d'assurance américaine, la chirurgie bariatrique n'induit pas d'économies de santé dans les 6 ans qui suivent l'opération quel que soit le type d'intervention pratiqué. 27 février 2013

Baltimore, Etats-Unis --Avec la montée de l'obésité morbide, la chirurgie bariatrique est en plein essor et fait l'objet de plus en plus d'attentions. Alors qu'en France, l'Assurance Maladie a décidé de surveiller de près la chirurgie bariatrique et ses pratiques, Outre-Atlantique, l'analyse d'une compagnie d'assurance privée américaine montre qu'elle ne permet pas de faire des économies de santé à long terme [1].

Dans ce travail publié en ligne dans JAMA Surgery, les près de 30 000 assurés obèses qui subissent une intervention bariatrique ont des coûts de santé à 6 ans comparables aux assurés obèses non-opérés (appariement 1 :1 pour le sexe, l'âge et d'autres facteurs confondants).

L'étude montre qu'après ajustement, les coûts (chirurgie, hospitalisation, consultations, pharmacie, et autres) à deux ans sont supérieurs de 16% pour les patients opérés. La troisième année, le surcoût reste de 7%. En revanche, les coûts sont comparables pour le reste de la période étudiée.

Les auteurs notent que les coûts de consultations de ville et de pharmacie sont significativement plus élevés dans le groupe des patients non-opérés.

En outre, les coûts sont similaires quelle que soit la procédure choisie (pontage gastrique par laparoscopie, pontage gastrique par voie ouverte, anneau gastrique).

« De plus en plus de données suggèrent que la chirurgie bariatrique n'a pas d'intérêt sur le plan économique…Cette chirurgie a des effets à court terme impressionnants mais à l'échelle d'une population, ses effets le sont beaucoup moins » commente le Dr Edward H Livingston (service de chirurgie digestive, Dallas, Etats-Unis) dans un éditorial accompagnant l'article [2]. Il préconise de mieux cibler les indications et de limiter la chirurgie de l'obésité aux patients qui ont des complications reconnues pour s'améliorer après ce type d'intervention comme le diabète ou l'arthrite.

Le Dr Jonathan P Weiner (Johns Hopkins University, Baltimore, MD) et coll., auteurs du papier, se montrent plus mésurés. Ils soulignent que ce travail n'est pas une étude de coût-efficacité : « ce travail a juste mesuré les coûts. Nous n'avons pas mesuré les bénéfices sur la santé. Il ne s'agit que d'une partie de l'équation. » Ils rappellent qu'une étude coût-efficacité publiée en 2011 a, elle, conclu à l'intérêt de la chirurgie de l'obésité

Cost-effectiveness of Bariatric Surgery

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