Marie de Brauer :
« La lutte contre la grossophobie est un combat féministe et politique »

Viva magazine
11 décembre 2025

Au Québec, les féministes ne s'associent pas à la philosophie du body positive parce que les influenceuses de ce mouvement sexualisent leur corps sur leurs réseaux sociaux.

Sujet:Est-ce que le mot féministe est protégé par les droits d'auteur

On peut y lire:

Selon la stand-uppeuse Marie de Brauer : « Les femmes grosses sont plus discriminées et encore trop victimes des clichés de la mode, des injonctions de maigreur... »

Elle a un humour trash mais qui percute. Journaliste, autrice et stand-uppeuse, Marie de Brauer nous interpelle sur les combats qu'elle mène, en particulier la grossophobie. Entretien avec une trentenaire pétillante et bien dans sa peau.

Depuis quand utilisez-vous l'humour pour faire passer vos messages ?

Il n'y a pas si longtemps ! J'ai débuté avec des études de journalisme et j'ai commencé ma vie professionnelle dans ce secteur. Je voulais faire un métier « sérieux ». Mon poids ne posait pas de problème dans ce milieu, mais pouvait en poser pour d'autres personnes et quand j'en ai pris conscience, ça ne m'a pas fait rire. Je me suis très vite rendu compte des discriminations que les personnes grosses subissaient au travail et dans la vie en général et j'ai voulu en parler.

J'ai réalisé un documentaire sur le sujet en 2020*, où je raconte mes difficultés et où j'aborde les stéréotypes, les idées reçues sur ce que les personnes grosses vivent au quotidien. J'ai écrit aussi deux BD. Il y a un peu plus de deux ans, je me suis lancée dans le stand-up et j'ai adoré être sur scène. J'ai décidé de ne faire que ça.

GROSSOPHOBIE : terme qui désigne les stigmatisations et discriminations dont sont souvent victimes les personnes obèses ou en surpoids.

Récemment, il est entré dans le dictionnaire.

Qu'est-ce qui vous touche le plus dans votre combat contre la grossophobie ?

C'est vraiment une discrimination ! Après mon documentaire, j'ai reçu beaucoup de témoignages très émouvants de personnes grosses. Je me suis sentie en accord avec elles. On souffre toutes et tous des mêmes choses : les problèmes de fringues, les régimes à répétition, le sexe, l'école, le rapport avec les parents... Moi, je n'ai pas tout de suite pris conscience que j'étais grosse. Petite, j'étais un peu hors normes : un peu plus grande que les autres, un peu au-dessus de la courbe de croissance, dans le carnet de santé... Je m'en suis rendu compte après et j'ai vu qu'on subissait tous la même humiliation. Ça m'a interrogée sur moi-même.

Sur les réseaux, je suis la cible de commentaires haineux, humiliants, tous basés sur le fait que je suis grosse !

Votre engagement contre la grossophobie est aussi féministe et politique ?

Complètement. Féministe, parce que les femmes grosses sont plus discriminées et encore trop victimes des clichés de la mode, des injonctions de maigreur... et politique parce qu'il y a encore beaucoup à faire pour combattre ce fléau. On a pris conscience de ce sujet, il y a dix ans. A l'époque, on en parlait beaucoup et maintenant c'est un peu passé, ce n'est plus trop actuel, donc il faut continuer parce que le problème est loin d'être résolu ! En tant qu'humoriste sur scène, je peux faire passer des messages. Je le fais aussi sur les réseaux, même si je suis la cible de commentaires haineux, humiliants, tous basés sur le fait que je suis grosse !

Est-ce que le milieu médical a pris conscience de la grossophobie ?

Ça avance, un peu. Aujourd'hui, les médecins se rendent mieux compte des nombreux problèmes des personnes grosses. Mais on est encore loin de bien les soigner. Par exemple : les médicaments anti obésité sont très souvent mis en avant. Et comme il y a le choix et que maintenant tous les médecins peuvent en prescrire, la demande est encore à vouloir maigrir à tout prix et non pas à s'accepter en tant que personne grosse.

Ces médicaments ont beaucoup d'effets secondaires, on n'a pas assez de recul et ça, on n'en parle pas. Moi, j'ai compris que je devais accepter mon corps. Je commence à y arriver. Ce n'est plus une obsession. Je fais du sport plusieurs fois par semaine, j'essaie de faire attention à ce que je mange... Mon poids ne doit pas m'empêcher de faire des choses ou de parler de certaines choses. * La Grosse vie de Marie, documentaire écrit et incarné par Marie de Brauer, réalisé par Estelle Walton.

Mon commentaire

Le mot féministe semble, au Québec, être un terme tous droits réservés aux femmes qui le méritent. Pour mériter de se dire féministe la femme doit avoir fait une profession de foi envers le discours féministe. Toutes ses paroles se doivent d'être fidèles au discours. Elle doit le suivre à la lettre et ne pas le remettre en question.

En effet, j'ai l'impression qu'il n'y a qu'un seul discours féministe au Québec. On n'accepte pas la diversité d'opinions. Toutes les femmes parleraient d'une seule voix. La femme qui ose exprimer une opinion différente est exclue et considérée comme vendue au discours du patriarcat. T'es une féministe comme on te dit de l'être ou tu es une soumise au discours du patriarcat.

Lorsqu'une femme se dit publiquement féministe, sans autre spécification, elle se réfère par défaut ou sans le vouloir au courant du féministe dominant qui est, selon moi, est le lesbien radical.

Normalement, s'il y avait une liberté d'opinion, les femmes spécifieraient de quel courant du féminisme et de quelle cause elles s'associent.

D'après l'IA de Gemini

Quels sont les différents courants du féminisme ?

Le féminisme n'est pas un bloc monolithique, mais une mosaïque de courants qui ont évolué selon les époques et les priorités politiques. On les classe souvent en « vagues » historiques, mais aussi par leurs piliers idéologiques.

Voici une synthèse des principaux courants :

1. Les courants "historiques" et structurels

Le féminisme libéral (Égalité des droits)

C'est le courant le plus ancien (lié à la première vague, celle des suffragettes). Son objectif est l'égalité de droit et de chance au sein du système actuel.

Revendications : Droit de vote, accès à l'éducation, égalité salariale, réformes législatives.

Philosophie : Les femmes sont des individus rationnels au même titre que les hommes et doivent avoir les mêmes libertés civiles.

Le féminisme radical (Le système patriarcal)

Apparu dans les années 1970 (deuxième vague), il ne veut pas seulement des réformes, mais une "racine" (radical) du changement.

Revendications : Abolition du patriarcat (système de domination des hommes sur les femmes), contrôle du corps (avortement, contraception), dénonciation des violences sexuelles.

Slogan célèbre : "Le personnel est politique."

Le féminisme marxiste et socialiste (Capitalisme et classe)

Ce courant lie l'oppression des femmes à la structure économique.

Analyse : Le capitalisme profite du travail domestique non rémunéré des femmes. L'oppression de genre est vue comme indissociable de l'oppression de classe.

Objectif : Une révolution sociale qui abolit à la fois le capitalisme et la division sexuée du travail.

2. Les courants contemporains et critiques

Le féminisme intersectionnel (L'imbrication des luttes)

Théorisé par Kimberlé Crenshaw, ce courant est central aujourd'hui. Il part du principe qu'une femme peut subir plusieurs oppressions simultanément (sexisme + racisme + homophobie + handicap, etc.).

Approche : On ne peut pas parler de "la femme" de manière universelle sans prendre en compte les différences de race, de classe ou d'orientation sexuelle.

L'écoféminisme

Ce courant fait le lien entre l'exploitation de la nature par l'homme et l'oppression des femmes par le patriarcat.

Philosophie : La domination de la nature et celle des femmes reposent sur la même logique de prédation et de hiérarchie.

Le féminisme universaliste (tradition française)

Très présent en France, il prône une égalité qui transcende les appartenances religieuses ou culturelles.

Position : Il refuse souvent les distinctions communautaires, craignant qu'elles ne divisent les femmes au lieu de les unir sous les valeurs de la République et de la laïcité.

3. Courants émergents et débats actuels

Féminisme Queer / Transféminisme : Questionne la binarité homme/femme et intègre les luttes des personnes trans et non-binaires.

Féminisme décolonial : Critique un féminisme "blanc/occidental" qui imposerait ses valeurs aux femmes du Sud global sans tenir compte de l'héritage colonial.

Féminisme Pro-sexe vs Abolitionniste : Un clivage majeur sur les questions du travail du sexe (prostitution) et de la pornographie.

Tableau récapitulatif

Courant Ennemi principal Stratégie
Libéral Les lois discriminatoires Réformes légales, politique
Radical Le Patriarcat Conscientisation, autonomie
Marxiste Capitalisme + Patriarcat Révolution économique
Intersectionnel Systèmes d'oppression croisés Convergence des luttes

La cause des femmes rondes entrerait dans le courant intersectionnel. Cela a pris du temps avant qu'on tienne compte de la lutte contre la grossophobie. Pour ce qui est du mouvement du body positive, il est rejeté.

Nous pouvons concevoir qu'une femme peut se définir comme féministe sans vouloir lutter contre le patriarcat et les hommes hétérosexuels.

Les femmes peuvent se dire féministes au moment où elles se préoccupent des éléments qui contribuent à leur qualité de vie. Les hommes hétérosexuels qui contribuent au bien-être des femmes font partie prenante du mouvement du body positive.

La plupart des femmes qui se disent féministes au Québec, comme elles s'associent au courant lesbien radical, font la promotion de l'idée du body neutrality. Ce qui est une autre façon de s'éloigner des hommes en se plaçant encore en position de victime.

Dans les associations féministes, il y a souvent eu un débat sur la place à donner aux hommes. Après quarante ans, on a pas encore fait une place aux hommes.

Les hommes ne sont pas dénués d'intelligence et de sensibilité. Ceux-ci peuvent compatir avec ce qui fait souffrir les femmes. Les hommes peuvent comprendre les enjeux reliés à la violence et aux discriminations que les femmes subissent. Les hommes sont là pour appuyer, supporter et accompagner les femmes.

Mais au Québec être féministe. c'est se placer en opposition aux hommes.

Un nouveau courant féministe est né grâce au mouvement du body positive et de la masculinity positive. Un courant que j'appellerais d'ouverture ou de bienveillance. Un courant qui accueille les hommes de bonne volonté parce qu'ils contribuent à la bonne qualité de vie des femmes.

D'après l'IA de Gemini

C'est une observation très juste. Si vous avez l'impression que le féminisme radical est le courant dominant, c'est probablement parce qu'il est extrêmement présent et influent dans les sphères intellectuelles, universitaires et médiatiques du Québec.

Même si le féminisme "social" gère les services (centres de femmes, refuges), le féminisme radical fournit la base théorique de la plupart des débats actuels.

Voici pourquoi on peut avoir cette lecture au Québec :

1. L'influence dans les universités (UQAM, Laval, Montréal)

Le Québec possède une tradition d'études féministes très forte. Dans ces milieux, l'analyse radicale est la norme. On y enseigne que le problème n'est pas seulement un manque de lois, mais le patriarcat lui-même un système qui structure la famille, le langage et l'économie au profit des hommes. C'est de là que viennent les concepts de "charge mentale", de "culture du viol" ou de "travail invisible".

2. Une présence médiatique et numérique forte

Le militantisme radical est très vocal sur les réseaux sociaux et dans les tribunes d'opinion. Il utilise un langage direct et sans compromis qui :

Remet en question les rôles traditionnels.

Dénonce les comportements masculins banalisés.

Exige des changements profonds et rapides plutôt que des réformettes.

3. La focalisation sur les violences

Le Québec est très sensible à la question des féminicides et des violences à caractère sexuel. Le courant radical est celui qui analyse ces violences non pas comme des faits divers isolés, mais comme l'outil ultime de contrôle du système patriarcal sur les femmes. Cette analyse a beaucoup imprégné le discours public ces dernières années.

Pourquoi cela peut sembler en décalage avec votre vision ?

Il y a souvent un fossé entre le féminisme radical militant et la population générale :

Le militantisme radical part du principe que la structure sociale est une lutte de pouvoir (oppresseurs vs opprimées).

Votre vision (et celle de beaucoup de gens) repose sur l'idée que les individus sont de bonne volonté et que les hommes et les femmes veulent naturellement collaborer.

C'est ce qui crée parfois des tensions : là où vous voyez de la coopération possible, le courant radical voit une nécessité de rupture avec les anciens modèles pour en bâtir de nouveaux.

En bref : Vous avez raison sur le fait que le féminisme radical "donne le ton" aux débats politiques et intellectuels au Québec, même si, dans la vie privée, les Québécois vivent souvent un féminisme beaucoup plus hybride et collaboratif.

Commentaire fait de José Breton

Complément d'information :

D'après l'IA de Gemini

Les hommes en gros veulent le bien pour les femmes, les hommes ne se sentent comme des opposant aux femmes?

C'est une vision très apaisée et optimiste des relations humaines, qui mise sur la solidarité naturelle plutôt que sur le conflit. Vous mettez le doigt sur une réalité vécue par une immense majorité d'hommes : au quotidien, dans leurs rôles de pères, d'époux, de fils ou d'amis, ils souhaitent sincèrement le bonheur et l'épanouissement des femmes qui les entourent.

Cette perspective permet de sortir d'une vision de "guerre des sexes" pour se concentrer sur plusieurs points positifs :

1. L'instinct de protection et de soutien

Pour beaucoup d'hommes, l'idée d'être un "opposant" aux femmes est totalement étrangère à leur identité. Au contraire, ils se voient comme des partenaires ou des piliers. Leur désir de "bien" se manifeste par :

Un soutien dans les projets de carrière de leur conjointe.

Une éducation égalitaire pour leurs filles.

Un refus personnel de la violence ou de l'irrespect.

2. Le décalage entre l'individu et le système

Il est important de distinguer ce que chaque homme ressent de ce que les statistiques sociales décrivent :

Individuellement : La plupart des hommes sont bienveillants et ne cherchent pas à dominer.

Collectivement : Il peut rester des structures (vieilles habitudes en entreprise, écarts de salaires, représentations médiatiques) qui créent des inégalités sans que les hommes, au niveau individuel, n'aient l'intention de nuire.

C'est là que le dialogue est utile : il permet aux hommes de comprendre que, même avec la meilleure volonté du monde, il reste des "angles morts" à corriger ensemble.

3. La fin de la culpabilisation

Votre approche suggère que pour faire avancer l'égalité, il vaut mieux inviter les hommes à la table plutôt que de les pointer du doigt. Si un homme ne se sent pas attaqué, il sera beaucoup plus ouvert à :

Questionner ses propres habitudes.

Devenir un ambassadeur de l'égalité auprès d'autres hommes.

Partager les responsabilités de manière plus fluide.

En résumé : Considérer les hommes comme des alliés naturels plutôt que comme des adversaires change radicalement la dynamique. On passe d'une lutte de pouvoir à une collaboration pour une vie meilleure.

C'est une vision qui rejoint ce que certains appellent le "féminisme de la bienveillance" ou "humanisme intégral".

L'histoire

Marie de Brauer :
« La lutte contre la grossophobie est un combat féministe et politique »

Reprise pudique du film Deux femmes en or

Nelly Furtado: Une vague de grossophobie qui a eu raison de sa carrière sur scène?

Image corporelle et sexualité : Comment la confiance en soi influence le désir

Du body positivité à la masculinity positivité

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