Viser la perte de poids, une erreur?
Le Soleil numérique lundi 13 mai 2022

Ce qui fait une différence bien plus grande que la perte de poids, ont martelé M. Arsenault et ses collègues, c'est le changement des habitudes de vie

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Sujet: Le bon sens des choses finit toujours par surgir

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Que l'on commence un régime ou que l'on se mette à l'exercice (ou les deux), le succès est presque toujours jugé uniquement à l'aulne du poids. Si on n'en perd pas, c'est un échec. Si on en perd, mais qu'on le regagne par la suite, c'est un échec. Or il y a des tonnes d'études qui montrent que viser uniquement ou principalement la perte de poids est une erreur, ont dénoncé jeudi des spécialistes de la question réunis au congrès de l'ACFAS, qui se tient à Québec cette semaine.

«Les messages qui sont véhiculés dans la sphère publique sont assez simplistes, et pas toujours très utiles, a indiqué le chercheur de l'Université Laval Benoît Arsenault, un spécialiste de l'activité physique et du surpoids. On dit aux gens : si vous mangez plus de calories que ce que vous dépensez, vous allez engraisser et votre santé cardiorespiratoire va se détériorer. Mais en réalité, c'est beaucoup plus complexe que ça. [...] Les messages qu'on envoie au public ne sont pas toujours bien alignés avec les données probantes.»

Ainsi, en ne regardant que le poids (ou le fameux IMC, pour «indice de masse corporelle»), on manque une information cruciale pour le risque cardiovasculaire qui est la répartition de ce poids : «l'obésité viscérale [ndlr : autour du ventre] est beaucoup plus grave que les tissus adipeux [les «graisses»] sous-cutané, dans les bras ou les hanches par exemple, qui n'est pas associée à beaucoup de problèmes de santé. Juste en mesurant le tour de taille, on peut beaucoup raffiner l'IMC», selon M. Arsenault, qui a cité une étude parue en 2014 montrant que même chez les gens en surpoids (IMC entre 25 et 30) ou carrément obèses (IMC de 30 à 35), ceux qui avaient des tours de taille de moins de 95 cm ne couraient pas un risque de mortalité significativement plus élevé que ceux qui ont un poids santé.

Ce qui fait une différence bien plus grande que la perte de poids, ont martelé M. Arsenault et ses collègues, c'est le changement des habitudes de vie, soit se mettre à l'exercice et/ou adopter une diète plus saine. C'est ça qui fait la plus grosse différence sur le risque de mortalité, sur la santé cardio-respiratoire, la qualité de vie, etc. - et ce, que cela s'accompagne d'une perte de poids ou non. À cet égard, a d'ailleurs souligné M. Arsenault, dans les essais cliniques qui ont montré un effet bénéfique d'un changement des habitudes de vie sur le risque cardiovasculaire, la perte de poids moyenne des participants était de... 0 kg.

À cet égard, a renchéri Éléonore Riesco, chercheuse en kinésiologie à l'Université de Sherbrooke, «il faut arrêter de voir la perte de poids comme le seul objectif de l'activité physique. [...] On ne peut pas faire complètement abstraction du poids, c'est évident, mais je pense qu'il y a un travail à faire pour faire comprendre que la capacité cardio-respiratoire a un impact majeur sur le bien-être».

Plusieurs études et «méta-analyses» (soit des études qui agrègent les données de plusieurs études sur une même question afin de dégager des tendances générales) ont montré qu'avoir une capacité respiratoire faible doublait le risque de mortalité, même chez les gens de «poids santé». Et à l'inverse, chez les gens qui font du surpoids ou de l'obésité, mais qui font beaucoup d'activité physique, le risque n'est pas significativement différent de la moyenne.

«Le message est clair, soulignait la présentation de Mme Riesco, ce n'est pas l'IMC qu'il faut cibler, mais d'autres aspects, dont la capacité cardiorespiratoire.»

Mon commentaire

Cette position, adoptée par Mme Riesco, est en accord avec le mouvement du body positive ou du fat acceptance. Les personnes qui dénoncent la grossophobie sont accusées de faire la promotion de l'obésité. En d'autres mots, d'encourager les mauvaises habitudes de vie.

Le préjugé voulant que les gros mangent trop provient, en partie, du discours des intégristes anti-obésité/malbouffe qui laissent sous-entendre que si les gens n'avaient pas mangé de malbouffe ceux-ci, sans exception, ne seraient pas devenus obèses.

Ce groupe de fanatiques s'attaque à la malbouffe et tout particulièrement au sucre, dans le but d'endiguer la prétendue épidémie d'obésité. En d'autres mots, en espérant que les gens perdent du poids ou qu'ils ne deviennent pas obèses.

La guerre contre l'obésité s'attaque au poids: perdez du poids ou faites pour de ne pas engraisser. Le message de la santé publique insiste sur l'idée qu'il faut éliminer l'obésité pour avoir une société en santé. S'attaquer à l'obésité, constituerait un moyen de contribuer à faire de la prévention en santé.

À la lumière de l'opinion de Mme Riesco, la santé publique devrait avoir un message de prévention en santé qui ne sous-entend pas le poids corporel. Faire la promotion des saines habitudes de vie pour que les gens soient en santé tout simplement et non pour qu'ils perdent du poids ou n'en gagnent pas.

D'ailleurs, le poids corporel est un facteur sur lequel les gens ont peu de pouvoir de le changer.

Cibler l'obésité comme étant le problème de santé majeure et faire peur avec les dangers de celui-ci est une attitude grossophobe, et cela propage la grossophobie dans la population.

Les médias et les journalistes devraient ignorer les dépêches qui dramatisent l'obésité en parlant d'une épidémie, d'une augmentation des risques de maladies telle que cancer, maladie du coeur, le diabète du type 2, etc. Mobiliser la société contre l'obésité, c'est improductif.

Encore une fois, c'est plus pertinent de mobiliser la société pour encourager les gens à adopter des saines habitudes de vie sans faire de lien avec le poids corporel. Car il ne faut pas être absolument mince pour être considéré en santé ou, dit autrement, la santé n'est pas une question de poids corporel. Certaines femmes qui adoptent les saines habitudes de vie dans l'objectif de maigrir, si elles ne réussissent pas, elles les abandonnent.

Si cette opinion de Mme Riesco était adoptée plus largement, cela mettrait moins de pression sur les femmes, et elles seraient plus encouragées à faire des efforts pour apprécier leur corps, leurs rondeurs.

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